Papa ou Papa ?

Quand on est un couple de deux futurs papas, on se pose bien sûr plein de questions dont une : comment allons nous nous faire appeler.

Au début on  a envie qu'ils nous identifient : il faut bien que nos enfants sachent qui est qui.
Mais malheureusement la lague française n'offre pas beaucoup de mots pour dire qu'on est papa ! Dans les pays anglo-saxons, il y a un peu plus de choix. Il est très courant d'entendre "dad" "daddy" "papa"...

On connait des papas qui se font appeler "papou" ou "daddy" mais cela ne nous convenait pas.
Dans notre esprit, à l'époque, on avait un peu l'impression que le porteur de ce surnom serait un peu moins papa que l'autre.
Et qui serait le papou ou le daddy ? Celui qui n'a pas donné son matériel génétique ? Donc nous dirions à tous qui est le père biologique. Or, nous ne le souhaitions pas !

Finalement, nous nous sommes dit que nous étions tous les deux des papas à part entière. Il était évident de se faire appeler papa tous les deux !

Nous avons chacun des nièces et neveux qui nous appellent tous les deux tontons, et pourtant ils savent bien nous distinguer.

Alors c'était décidé, nous nous ferions appelé papa. Il arrive parfois que le prénom soit rajouté pour préciser, mais ça, c'est surtout pour les autres.

Ce n'est pas rare d'entendre la phrase tout à fait normal pour nous "Papa ? Il est où Papa ?"

Mais le plus intriguant dans tout ça, c'est que la plupart du temps nous arrivons à nous reconnaître, quand, au loin l'une d'elle nous appelle juste en disant "papa".

Existerait-il une oreille absolue des papas ?


Chéri, et si on agrandissait la famille ?

Quand on se lance dans l'aventure de la GPA et qu'elle se passe bien, on est content d'avoir terminé le parcours du combatant.
Vu l'investissement, financier mais aussi humain, on imagine assez rarement de le faire plusieurs fois.
Et pourtant, je n'imaginais pas avoir seulement 2 enfants.
Je l'ai toujours dit à Romain. Bizarrement je ne savais pas comment cela serait possible.

Puis finalement un an et demi après la naissance de nos filles, il a fallu retourner aux Etats-Unis pour des démarches administratives. Nous en avons profité pour rendre visite à Jill et sa famille en prenant un logement non loin de chez eux.

C'était assez étrange de la revoir après cette séparation. Cette fois, nous étions avec nos filles. Sur le chemin pour aller chez elle je me sentais aussi stressé qu'heureux de la retrouver.

Nos filles avaient 18 mois donc elles ne se rendaient pas compte de l'importance qu'avait eu cette femme dans notre vie. En revanche, les filles de Jill se faisaient une joie de revoir nos grandes.

Quand nous nous sommes retrouvé, l'amitié était au rendez-vous. Nous avons fait une soirée. Ils ont organisé un barbecue. Il faisait beau. La famille de Jill était la pour nous accueillir. Un vrai moment de bonheur. Je me souviens que nous avons parlé de tout et de rien.

On s'est retrouvé à un moment juste tous les 4, Jill, son mari, Romain et moi. Je ne saurais vous dire comment le sujet est arrivé dans la discussion mais, sur le ton de la rigolade, nous avons dit que si nous devions avoir un 3ème enfant, se serait seulement avec elle. Il aurait été inconcevable pour nous de le faire avec une autre femme, qu'on aurait presque l'impression de la "tromper".
Et elle, toujours sur le ton de la rigolade nous dit que si elle devait à nouveau porter un enfant ce serait uniquement pour nous.
Et puis elle a rajouté avec légèreté "On rigole... mais je le pense vraiment". Et nous : "oui, nous aussi...je crois que ça nous plairait".

Silence, et grand sourire. Dans ma tête je me demande si elle le pense au point de passer le cap.
La soirée se termine.

On rentre chez nous. Et dans la soirée, elle nous envoie un SMS: "Si vous souhaitez sérieusement avoir un 3ème enfant, sachez que nous sommes partant. Seulement, sachez une chose, si je le fais, c'est maintenant."

Coup de stress ! Que faire. Nos filles avaient seulement 18 mois, c'était encore tout frais pour nous. Je ne me voyais pas avec un 3ème enfant maintenant. Et il fallait réfléchir rapidement. La vie nous faisait un cadeau.
Quand nous nous sommes revu, nous lui avons demandé de nous laisser quand même un peu de temps pour réfléchir très sérieusement.

Nous voulions un 3e enfant, mais c'était si soudain ! On aurait pas imaginé que Jill veuille à nouveau porter notre enfant. Bien que l'envie soit forte au fond de nous,  nous n'imaginions pas que ce projet aboutirait.

Et puis une autre chose était importante pour nous : Jill ne donnant pas ses ovules, il fallait aussi trouver une donneuse. Je crois que ce qui allait nous aider à prendre la décision c'était de demander l'accord de la donneuse de nos filles pour donner à nouveau.
Si elle acceptait, tout serait en place pour que notre 3ème enfant naisse.

Nous avons donc contacté notre médecin américain, et après quelques jours d'attente, nous apprenons que la donneuse qui avait déjà donné pour nos filles acceptait de donner à nouveau ses ovules....Pour nous.

Plus besoin de réflechir, c'était devenu évident. Alors nous avons appelé Jill...

"Jill, c'est parti, nous allons à nouveau devenir enceints !"

Papas Français

Aujourd'hui l'Etat français se permet de juger la conception d'un enfant.
Vous trouvez ça choquant ? C'est normal, ça l'est.

J'exagère ? Sûrement un peu. Mais tout de même.

Aujourd'hui, administrativement parlant, mes filles ne sont pas reconnues en France comme les autres enfants. Elles n'ont pas de papiers français d'identité et elles ne sont pas inscrites sur notre livret de famille.

Pourtant, nos 3 filles ont un certificat de naissance établi légalement aux États-Unis.
En France la loi dit qu'un enfant est Français, s'il est né dans le pays et/ou si un des parent l'est. Ce qui est notre cas.
Bien sur, ce certificat est tout de même utilisé, et reconnu par les institutions, comme la sécurité sociale, la Caisse d'allocation familiale, l'école, les impôts etc. alors quelle hypocrisie !

De plus en plus de familles se voient reconnaître ce certificat à l'état civil. Nous pourrions nous réjouir que les choses avancent et c'est vrai mais c'est laborieux et l'aide d'un avocat est obligatoire.

Dans notre cas, nous avons commencé à demander à la mairie le passeport français. Après avoir donné toutes les pièces justificatives, on nous en a demandé d'autres non obligatoire délivrés il y a moins de 3 mois.

A ce jour, nous avons absolument tout donné, nous n'avons pas encore de nouvelles.
Nous attendons impatiemment la réponse qui normalement doit être positive. En effet, en 2013, une circulaire de la ministre de la justice a été faite disant que la seule suspicion de gpa ne peut être un refus de délivrance de papiers d'identité.

Ensuite, si cela fonctionne, nous demanderons au service d'état civil d'inscrire nos filles dans notre livret de famille et cela risque d'être long. Il nous faudra encore beaucoup de détermination et de démarches juridiques pour y arriver.

Qu'est ce que cela changerait pour nos détracteurs que nos filles soient inscrites à l'état civil ? Est ce qu'ils s'imaginent que cela nous empêchera d'avoir des enfants ? Si c'est cela, rien ne nous empêchera de fonder une famille.
La France a été condamnée plusieurs fois par la Cour Européenne des Droits de l'Homme concernant cette question. Et pourtant, nous ramons encore.

Pourquoi est-ce qu'il n'est pas possible de simplement faire la démarche en mairie pour inscrire nos enfants à l'état civil et de les faire figurer sur notre livret de famille ?

Nos enfants sont-ils nés de la mauvaise façon ?

2 papas à l'école

Quand on est une famille qui ne rentre pas dans la norme, on sait qu'on peut facilement être jugé, observé,...
Chaque lieu peut être un endroit où on devient la bête de foire, ou du moins susciter le questionnement.

Il y a des lieux, des moments où nous sommes obligé de le dire et de l'assumer pleinement.
Cela ne nous a jamais posé de problèmes bien sur, mais contrairement à une famille nucléaire classique, nous sommes parfois obligé de préciser que nous sommes une famille.

Pour nous, la confrontation avec la vie sociale a commencé dans l'avion au retour en France, puis il y a eu les premiers rendez-vous chez le médecin, la nourrice, etc.
Nous n'avons jamais été franchement victime "d'homoparentphobie". Parfois nous avons eu des regards, plus ou moins bienveillants (ou malveillants selon le point de vue), des questions "subtiles" (hum hum) sur l'absence "d'une femme".

Nous vivons dans un milieu assez protégé, petite banlieue d'une ville moyenne, où nous sommes intégré depuis plusieurs années, avant même d'avoir des enfants.
Et puis, ça n'est pas écrit sur notre front que nous sommes une famille. L'un de nous pourrait très bien être l'oncle, un "pote".
Mais nous n'avons pas fait d'enfants pour les autres alors nous ne décortiquons pas les regards des autres et nous restons naturels.

Cependant je dois l'admettre, un endroit me stressait particulièrement : l'école.

Déjà pour nos filles : une grosse confrontation à la réalité, elles rencontreront majoritairement des enfants qui ont un papa et une maman.  Les questionnements des camarades. L'enseignant-e aussi, sera-t-elle ou sera-t-il ouvert sur le sujet ?
Est ce que autres parents interdiront de jouer avec nos filles ?
Dès leur naissance nous parlons à nos filles et expliquons que nous sommes une famille un peu différente que la majorité, elles l'ont toujours su, et ça ne leur a jamais posé problèmes.
Dans notre famille, les autres enfants trouvent notre situation tout à fait normal.

Lorsque nous avons été faire l'inscription de nos filles à l'école, en janvier de l'année de rentrée. Nous avons rencontré la directrice de l'école, c'était l'occasion pour moi de parler de mes craintes.
Nous avons été considéré comme n'importe quel parent. Je ne sais pas si c'était fait exprès pour montrer son accueil mais elle s'est réjouit à voix haute de pouvoir mettre "père 1" et "père 2" sur le logiciel d'inscription de l'école. Exprès ou pas, j'ai été rassuré.

J'ai quand même demandé s'ils avaient déjà eu une famille comme la notre, et la réponse a été positive !  Je me suis senti soulagé, cela voulait alors dire que l'équipe enseignante serait a priori enclin au sujet.

A l'approche de la première journée, l'angoisse. toutes mes questions se sont bousculé dans ma tête. Mais quand il faut y aller...
Bien sur le premier jour, chaque parent était focalisé sur sa progéniture. Personne n'a vraiment fait attention aux autres.
N'empêche que la maitresse, nous a demandé, de dessiner notre famille avec nos enfants pour ensuite l'accrocher dans les couloirs de l'école. Première mise à nue.

Durant la semaine, chaque parent nous a découvert un peu plus et on a senti, quand même les regards s'appuyer sur nous.
On a ignoré.
De toute façon je ne vois pas ce qu'on aurait pu faire d'autre.
Surtout quand nos filles, heureuses qu'on vienne les chercher nous ont sauté au cou en criant "les papaaas" à tous les deux.

Et puis, au fur et à mesure du temps, comme tout le monde, j'ai commencé à discuter avec des parents, de choses toujours très banales, mais, je me suis rendu compte qu'on était considéré comme les autres.

Un jour, une de nos filles pleurait quand nous avons quitté la classe, et une maman en sortant nous a dit : "on est tous pareils, mais rassurez-vous ça ne dure jamais".
Phrase à priori bateau, mais remplie de bienveillance.

Lors du premier rendez-vous avec l'enseignante, à mi-année, j'ai demandé s'il y'avait eu des questionnements d'autres enfants, voire des réflexions de parents concernant notre situation familiale. Jamais. Elle nous a rassuré en nous disant que nous avions été identifié comme les parents des jumelles, comme les autres parents. Ni plus, ni moins.

D'ailleurs au fur et à mesure du temps, c'était assez drôle de voir certains enfants, copains avec nos filles nous interpeller "oh...il y a le papa Romain !"

Une maman avec qui j'ai sympathisé, m'a confié qu'au début de l'année, lorsqu'elle nous a vu, elle nous a trouvé très beau et trouvait qu'on était un bel exemple. Quand je lui ai demandé ce qu'était un "bel exemple", elle m'a simplement répondu "un exemple d'amour pour les autres, voir deux personnes s'aimer, peu importe leur genre et être des parents aimants".
Cela m'a beaucoup touché.

Concernant mes filles, l'une d'elle m'a rapporté qu'un enfant lui a demandé où était "sa maman". Elle a simplement répondu qu'elle n'en avait pas, qu'elle avait 2 papas.  Je crois que la réponse a convenu à cet enfant !
D'ailleurs, mes filles sont souvent invitées à des anniversaires de copains ! Elles sont la preuve, que les enfants, ne sont pas ceux qui jugent le plus.

Finalement aujourd'hui, je fais parti de ces parents qui discutent avec d'autres à la grille de l'école, qui s'impliquent - un peu - à l'école en accompagnant les groupes lors des sorties scolaires et qui préparent des gâteaux aux kermesses.

Quand on est une famille pas tout à fait comme les autres, c'est normal de parfois être soucieux du regard des autres.
Surtout dans notre cas, et les relents homophobes qu'il y a eu après certaines manifestations et événements. Cependant, les choses avancent.

Peut être que dans les années à venir les choses seront différentes et nous serons discriminés à l'école élémentaire, au collège...
Mais aujourd'hui nous préparons nos filles à être bien dans leur peau et nous ne voulons qu'une chose : qu'elles soient épanouies.


Papa blues.

Juste après l'accouchement nous avons regagné la chambre de Jill tous ensemble. L'équipe médicale nous a apporté des baignoires montées sur des roulettes pour faire le bain des bébés.
Un papa après l'autre, nous avons baigné nos filles.

Nous avons ensuite laissé Jill se reposer. Nous nous sommes retrouvé à 4 dans notre petite chambre. C'est à ce moment là que nous avons appelé nos familles, fait des visos, pour leur annoncer la naissance de nos progénitures.
Devoir les présenter, à travers un écran à des milliers de km, c'était particulier.
Nos bébés dormaient. La pression est redescendue, nous étions très fatigué, et pourtant impossible de dormir. Nos yeux ne se décollaient pas de ces deux petits êtres qui avaient quelques heures de vie.

Les visites de la famille et des amis de Jill rythmaient notre séjour. D'ailleurs nous allions souvent la voir dans sa chambre. Mais il y avait très souvent quelqu'un dans sa chambre.
C'est elle qui nous a montré comment bien leur donner le biberon. Elle nous a montré aussi quelques gestes pour bien emmailloter et faire des soins.

Je voyais dans son regard la fierté de nous avoir fait ce cadeau. Ce don de la vie. Le soir, on se retrouvait dans sa chambre, et avec sa famille on partageaient le repas tous ensemble.
Ces moments là me faisaient personnellement du bien.
Le reste du temps, je me sentais vidé.

En effet, mes filles dormaient toute la journée, j'étais loin de ma famille. Je tournais en rond dans les 5m² de la chambre de l’hôpital.
En plus nous n'avions qu'un seul lit, donc nous ne dormions presque pas. Et les rares moment où je m'endormais, l'équipe médicale de jour ou de nuit venait se présenter. Puis, les infirmières venaient prendre la température des filles et par conséquent nous réveillaient. Je ne vous cache pas mon agacement exacerbé par la fatigue.

Au terme de 3 jours d'hospitalisation, Jill rentrait chez elle et nous dans notre appartement. Elle allait toujours aussi bien ! Tant physiquement que mentalement.
On s'est serré très fort dans nos bras, avons prévu de nous voir le surlendemain et nous sommes rentrés à notre appartement. Quel bonheur de se retrouver rien que nous 4, de prendre nos marques dans notre chez nous temporaire.

Avec Romain on s'organisait, il dormait de 00h à 5h et moi de 5h à 10h. Il a fallu user de stratégie pour donner les biberons seul.
Les jours se déroulaient à notre rythme. Dehors l'hiver battait son plein, donc c'était assez difficile de sortir. Mais nous étions bien.
Nos journées étaient remplies par les changements de couches, les bains, les biberons.On cuisinait, rien qui était bon pour perdre mes kilos de couvade.
On découvrait nos petites princesses qui ouvraient leur yeux un peu plus chaque jour pour connaitre leurs papas déjà très attachés à elles.

Jill venait nous rendre visite. Elle était toujours en pleine forme ! Il fallait qu'elle se repose mais elle allait bien ! Elle nous donnait son lait qu'elle tirait. Elle était heureuse de nous donner tous les 3 jours ces dizaines de poches de lait.

Pour notre retour en France, nous avons été faire les passeports pour nos deux princesses nouvellement nées.

La fin du séjour approchait de plus en plus. J'avais autant envie de rentrer, de voir nos familles, nos amis, de retrouver nos repères que de rester. Je me sentais chez moi ici. Après tout, c'est dans ce pays que tout a commencé et rencontré cette famille qui nous a permis de réaliser notre rêve de devenir parent.

Le dernier jour, nous avons organisé un grand repas avec les personnes de l'agence et la famille de Jill. Au début c'était très sympa, mais intérieurement, j'avais peur. Peur des "au revoir". Peur de pleurer, de ne pas savoir quoi dire, comment réagir.

Nous leur avons offert des cadeaux, on a fait plein de photo, et fait un peu comme si c'était un jour "sans fin".
Mais je sentais ma gorge se serrer ; je savais qu'après cette journée, les choses changeraient, que la relation serait différente.

Au moment du départ, elle nous à dit très naturellement "see you soon" (à bientôt) comme si on allait se revoir très vite.

Je ne savais pas qu'à ce moment là qu'elle aurait raison...

Papa ou Papa ?

Quand on est un couple de deux futurs papas, on se pose bien sûr plein de questions dont une : comment allons nous nous faire appeler. Au ...